Entre chien et lune

Quand une musique revient du fond des temps et qu’elle vous chamboule encore.

Comment dire ? C’est plus que de la joie. Cette musique qu’on retrouve, qui vous mettait déjà en transe il y a si longtemps. Alors, il y a deux émotions intenses : celle du retour de ces notes et celle de ressentir à nouveau l’effet qu’elles avaient produit. C’est puissant, presque violent.
Une fois n’est pas coutume : d’abord la musique.

MOONDOG ! Instantanément, son nom me revient. Cette pièce dure une minute cinquante trois secondes. Je ne sais plus du tout quand j’ai entendu ce Bird’ Lament ; ce que je sais, c’est que l’excitation ressentie alors est intacte aujourd’hui. Est-ce associé à un souvenir heureux ? Aucune idée.
Ce dont je suis sûre aussi, c’est qu’à part ce nom – Moondog – et ce morceau, je ne connaissais rien d’autre, sans doute pas même le titre.

Pourtant, après cette écoute retrouvaille – merci France-Musique – je vais chercher à en savoir plus. Et c’est une histoire dingue que je découvre.
Ce Bird du titre n’est pas n’importe quel oiseau. Il s’agit de Charlie Parker que Moondog avait récemment rencontré. Ils s’entendaient bien et devaient enregistrer ensemble. Mais Charlie Parker est mort (à 34 ans !) et… Monndog composa Bird’s Lament.
La vie de Louis Thomas HARDIN est étonnante. Version courte : il est né dans le Kansas en 1916, devient accidentellement aveugle à l’âge de 16 ans. Enfant, il a assisté à une danse du soleil et sera très marqué par la musique des indiens. Il part étudier la musique à Memphis en 1943 puis va à New-York où il commence sa vie de clochard céleste. Il côtoie les plus grands musiciens de toutes catégories : de Leonard Berstein à Terry Riley en passant par Steeve Reich et Phil Glass.
Mais en 1974, lors d’un voyage à Francfort, il découvre l’Europe et décide de s’installer en Allemagne.

Je me considère comme un Européen en exil. J’ai l’impression d’avoir un pied aux Etats-Unis et l’autre en Europe, ou l’un dans le présent et l’autre dans le passé. Rythmiquement, je me crois dans le présent, et même à l’avant-garde, alors que sur le plan mélodique et harmonique, j’appartiens plutôt au passé. Mais le présent devient le passé, et le futur le présent, comme je le dis dans l’une de mes chansons : « Aujourd’hui est le lendemain d’hier qui est notre présent.

Moondog a des racines partout. Il était Viking dans ses années new-yorkaises mais il est passionné de jazz. Il est aussi un maître du contrepoint. Quand il viendra à Rennes en 1988 pour les Transmusicales de Rennes, il aimera la bombarde et le biniou et jouera avec un bagad. Très sensible à l’écologie, Moondog enregistre en 1991 l’album Elpmas, manifeste contre les mauvais traitements infligés aux peuples aborigènes, à la nature et aux animaux, ainsi qu’une mise en garde sur les risques liés au progrès de façon générale. Bref, un homme universel. Homère et Thoreau réunis.

Les oiseaux ne me quittent pas, décidément : j’ai cherché une musique diamétralement opposée à celle de Moondog mais en lien avec une déploration d’oiseau. J’ai trouvé.

 

0 Shares:
Choisissez de suivre tous les commentaires ou seulement les réponses à vos commentaires
Notification
guest
3 Commentaires
Inline Feedbacks
View all comments
Vous pourriez aussi aimer
Lire la suite

Tango negro 2

Tango negro deuxième partie : sur les racines noires du tango
Lire la suite

Don Ata, el bagual*

Quand, 9 ans après, on revient à ses anciens émerveillements auxquels s'ajoutent de nouveaux : ces musiques argentines qui vous parlent à l'oreille d'amour, de tristesse, de danse et de la terre.
Lire la suite

Vrac de septembre

Entendre Barbara Hannigan parler de Reinbert de Leeuw : une grande émotion. Laquelle appelle d'autres émotions dont cette Rêveuse de Monsieur de Sainte Colombe. S'en remet-on ?
Lire la suite

Noir Tango 1

La pensée triste qui se danse... vient d'Afrique.