Un livre – Un film

Quand un livre et un film vous font du bien : deux univers diamétralement opposés, le point commun : l’émotion.

J’ai trois billets sur le feu depuis plus d’un mois. Mais tout à coup, une priorité : parler d’un livre et d’un film.
Le livre (merci, la pourvoyeuse) c’est SOLAK de Caroline Hinault. Et c’est étrange que personne n’en parle (ou si peu). C’est un premier roman et c’est un coup de maître. Il brille comme un diamant, il coupe aussi comme les rafales de vent de l’Arctique où l’action – l’inaction ? – se déroule.
Je ne vais faire un résumé ni raconter l’histoire qui n’est d’ailleurs pas racontable. Si vous voulez en savoir plus, je propose l’entretien avec l’auteur ci-dessous (clic et hop).
C’est Piotr qui parle, un vieux soldat bourru. Un hélicoptère arrive pour emporter le corps d’Igor et amener la nouvelle recrue, un être mystérieux, mutique. Quatre êtres humains au bout du monde, dans un huis clos glacial.
Ce qui saisit immédiatement, c’est cette langue qui exprime le silence et le froid, la solitude et l’isolement. Une violence dite avec des mots biseautés et parfois la chaleur d’un feu ou de l’alcool. Tout est noir et blanc. Froid jusqu’à la brûlure.
Pas un répit dans ce récit. C’est puissant, organique, blanc comme la neige et l’os et parfois, comme une gifle, une phrase folle de précision et de justesse, une trouvaille de langue étonnante. À propos de Roq et de sa passion pour la chasse (et ce qui s’ensuit avec les bêtes tuées), Piotr dit : Roq est un chasseur né, c’est comme ça, y a qu’à voir la sève d’impatience qui lui monte aux joues chaque printemps, ça lui laque les yeux de désir.

L’auteur dit qu’elle a voulu écrire un livre féroce sur la férocité de l’existence ! Elle dit encore : Je voulais une langue à mi-chemin entre crudité, argot, vulgarité et poésie. Eh bien, Madame, c’est réussi ! À lire absolument.

https://www.bepolar.fr/Solak-L-interrogatoire-de-Caroline-Hinault

 

Je vous dois une explication pour l’image de Une : en fouinant pour écrire mon billet, je suis tombée sur la série de Magritte nommée L’Empire des lumières, dix sept toiles peintes à partir de 1947. Le lien c’est Empire of light, film de Sam Mendes. Je suis sortie de la salle heureuse et nourrie. Un beau film simple et ample. Un film sur une salle de cinéma et sur LE cinéma, peut-être un requiem. Dans des entretiens, Sam Mendes évoque L’Odeon à Leicester Square à Londres, le cinéma de son enfance.

J’ai tout aimé dans ce film : je ne parle pas des acteurs (tous épatants, Mendes dit qu’ils sont solaires et drôles, que leur lumière intérieure brille) ni de l’histoire mais de ce qui est dit de l’humain, de ce que le cinéma peut dire de l’humain à travers des portraits, des évocations de temps, à travers un lieu. Dans ce film, le pilier central est ce lieu où opère la magie du film, mise en abyme.
Cet endroit d’ailleurs est littéralement fascinant ! (Clic et hop)

 

https://ideat.fr/empire-of-light-cinema-art-deco-chaises-iconiques/

Enfin, ces mots de Magritte et un peu de musique.

Après avoir peint L’Empire des lumières, j’ai eu l’idée que jour et nuit coexistent, ils ne font qu’un. C’est raisonnable ou du moins correspond à notre connaissance : dans le monde la nuit existe toujours en même temps que le jour. De même que certaines personnes ressentent de la tristesse en même temps que d’autres ressentent du bonheur. René MAGRITTE

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