Théodore Monod et l’outarde

outarde_houbara_jogo_0g.jpgEt voilà la trace de la patte d’outarde que portait, brodée sur un drap et gravée sur sa caneMonod1_2 Théodore Monod et ce jusqu’au dernier jour. Énigmatique signe de la paix avec lequel, chaque année, il allait manifester contre la bombe atomique sur le pavé parisien en compagnie d’Albert Jacquard. Ce signe en “pied d’oiseau” se reconnaît, entre autres, dans les idéogrammes Bambara pour représenter une personne morte, alors qu’inversé, il représente la vie, les bras levés. Sur la signification pacifique et non-violente de ce dessin en forme de patte d’oiseau, il existe une légende qui court dans les traditions orales d’Afrique septentrionale. En voici une version du Sahara algérien :

Pour les Maures et les Touareg, l’outarde est « oiseau du Paradis », messager des hommes auprès d’Allah. Dans la région du Trarza, les nomades mauritaniens expliquent la présence de la « marque de l’outarde » (dessin laissé sur  le sol par la patte de l’outarde) brodée si souvent au sommet des tentes, par ce récit :

Un émir de la tribu des Oulad Rizg avait une réputation de méchanceté, d’oppresseur des faibles et de soudard impitoyable. Après le rezzou, il gardait tout le bétail volé et ne le partageait jamais avec ses guerriers. Cet émir n’avait qu’un amour sincère : son fils.
Celui-ci possédait une petite outarde apprivoisée qu’il aimait beaucoup. Or, un jour, elle se perdit en brousse. L’enfant pleura et son père la fit rechercher par ses meilleurs pisteurs sans succès. Toutefois des gens qui venaient d’être pillés par l’émir, les Oulad Deïman, découvrirent l’outarde, s’en emparèrent, lui glissèrent un collier d’argent autour du cou et, très habilement, vinrent la rendre à l’émir.

Le fils pleura de joie et le père en fut si content qu’il s’écria : ” Dès aujourd’hui, vous pourrez broder la trace de l’outarde sur vos tentes, celles-là me seront sacrées et je ne les pillerai plus ! ” L’émir cessa de faire la guerre.

Moi, j’aime les histoires et celle-là va bien à Monod : j’aime à croire qu’il connaissait le conte mauritanien et que c’est la marque de l’outarde qui figurait sur sa canne et son drap :

Tant que les hommes aimeront la guerre (ce qui est le cas malheureusement) leur avenir sera très menacé. Il serait temps qu’ils acceptent de s’hominiser. Mais ils refusent. Ils préfèrent la barbarie ancestrale. C’est absurde, parce que les menaces grandissent au fur et à mesure de l’avancée technologique. Théodore Monod – entretien avec Michel Picquemal – Clés Nouvelles, 1990

Alain Souchon – La Vie Théodore

P.S. : En fait l’emblème fut dessiné en 1958 par Hugh Bock et Pat Arrowsmith pour la 1ère marche contre la guerre nucléaire à Aldermaston en Angleterre. Ce signe se composerait, selon le code du sémaphore à bras, des caractères N (nuclear) et D (disarmament).

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