33-45 ou l’aut’ côté

Quand les disques avaient deux côtés.

J’entends un gars dans le poste dire à propos d’un disque vinyle qu’il faudra expliquer aux jeunes l’histoire de la face A et la face B. Ça m’étonne d’abord puis me saisit.  Les disques compacts – compact disc ou CD pour les intimes – n’ont plus de face, ou plutôt ils n’en ont qu’une. Et pour l’abîmer, l’unique face, il faut en faire !

Et je me souviens tellement précisément de nos moments musique. La plage préférée qu’il fallait délicatement aller chercher avec le bras et son saphir au bout. Et ce bras qui parfois échappait et traversait le disque avec un bruit de papier froissé. Et les morceaux très aimés qui craquaient plus que les autres.

Les pierres qui roulent
Les pierres qui roulent

Celui-là, à gauche, une amie me l’avait rapporté d’Angleterre : une joie indescriptible ! Des heures à danser sur Take it or leave it et Going home, 11 minutes… 16 ans. Face A, Face B.

Et puis les Chopin par Tamas Vasary dont j’avais oublié jusqu’au nom : je le retrouve à l’instant même. Et la Maria Callas qui ne me quittera jamais.

Face A – Face B.

Je ne vais pas faire l’inventaire, tant de disques, écoutés jusqu’à l’usure, prêtés, cassés, perdus.

Madame Callas
Madame Callas

Et puis soudain, dans le brouhaha de la mémoire, dans le charivari des souvenirs (Harnoncourt, Leonhardt, les Doors, Vinicius de Moraes, Gismonti, Kathleen Ferrier) Une voix de petite fille : L’aut’ côté … Et oui, enfant, tu n’as pas le droit de toucher le tourne-disque et quand la face A de ton 45 tours est fini, tu appelles un grand pour qu’il vienne tourner le disque, mettre l’aut’ côté.chapi-chapo

Les grands préfèrent Émilie jolie à Chapi Chapo parce qu’un 33 tours, ça dure plus longtemps. Mais vient toujours le moment de l’aut’ côté chanté avec une petite note plus aiguë sur le CO de côté.

Et c’est la même petite fille qui, lorsque les grands se disputent et crient un peu à la cuisine, transgresse la consigne de ne pas toucher l’électrophone en mettant plein pot Maria Callas. Les grands se taisent et… éclatent de rire. La musique, c’est magique.

Non, pas Chapi Chapo mais plage 4 de la face A (en concurrence avec Lady Jane plage 3 plus sweet)

0 Shares:
Choisissez de suivre tous les commentaires ou seulement les réponses à vos commentaires
Notification
guest
4 Commentaires
Inline Feedbacks
View all comments
Vous pourriez aussi aimer

Clan destin

Ouverture de La Force du destin – G. VERDI Deux mots aussi forts accolés pour en faire un…
Juan Gris Bottles and knife (1912)
Lire la suite

Petit gris

Variations sur une journée grise : on part de rien, trois fois rien, des moineaux, des souris. On arrive à l'infini