L’érosion éclairante de Thierry Metz

Thierry Metz ©Françoise-Metz
Hommage à Thierry Metz, l’homme qui se penchait pour écrire

Je fête une éclaircie
Soif rieuse et coupante.
Je parle de celle qui foisonne dans la foudre.
Femme et fleuve sont pareils dans la langue du nageur

C’est ainsi que commence Sa clarté fracture le livre, dédié à Françoise. Ces vingt-deux textes se trouvent entourés de nombreux autres dans le superbe livre POÉSIES 1978-1997 paru chez Pierre Mainard. Le texte d’introduction – Dernière rencontre avec Thierry Metz – signé Thierry Courcaud est un modèle de simplicité et de sincérité.
Parler de Thierry Metz m’est merveilleusement douloureux. Pour des raisons personnelles dont il ne sera pas question ici sauf à dire que je m’essouffle à le suivre et à le perdre dans sa lutte contre la maladie alcoolique.
Mais j’éprouve une gratitude profonde pour cet homme. Et les véritables raisons du bonheur à l’évoquer se situent du côté de l’admiration, de l’émerveillement, de la stupéfaction parfois ! Comment décrire cette émotion qui saisit à la lecture de certains mots ? Quand on mesure ce qu’il faut de présence au monde, quand on prend la mesure de la qualité de cette présence, de l’intériorisation du vu-senti-entendu-touché pour rendre ces mots à la page, purs comme le sable quand la mer s’est retirée.
Tout est beau, chez METZ, parce que tout est juste. De la parole incurvée au Chant du mangeur de feu : Dans la langue que tu écris / Le carrefour jaillit du chardon. Tout est musique profonde et nue. Chaque gerbe de mots est un feu d’artifice. Tout est précieux et humble.

 

Sous la tente où germent les lampes
     le silence
– jeune oiseau dans ma bouche –
se couvre d’un duvet blanc.
          Mais dehors
    dans le souffle d’amour
    Ô plénitude !
Un faucon bleu
                                                  1983

 

Plus Thierry Metz avance, plus il se rapproche de JUARROZ qu’il aimait tant.  On s’éloigne du foisonnant. On entre dans l’épure. On va au vide.

Il y a peut-être un centre
que chaque mot cherche à dire
qui efface le pourquoi
mais laisse entier ses abords.
Cette maison n’est habitée qu’un instant
par celui qui n’est ni entré
ni sorti.
                                                1996

Voilà. Je citerais des pages et des pages. Je sors sur la pointe des pieds.

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