Raymond Farina,  » Ces petits riens volants « 

Lorsqu’on s’envole avec Raymond Farina et, tel Aladdin, l’on survole des contrées, des époques, des mots . Plus qu’un voyage, une épopée. Qu’il soit remercié.

Chaque animal est une manière de connaître le monde, dit Mark Bekoff cité par Vinciane DESPRET dans son étonnant livre Habiter en oiseau.
Alors Raymond FARINA, dans l’attention qu’il accorde à ces petits riens volants est, à coup sûr, le poète le plus  » rapproché  » du monde.
Dans son recueil Les grands jaseurs de Bohême suivi de L’oiseau de paradigme *, il nous emporte au pays de la légèreté avec une grâce totale mais également une gravité profonde.
[…] J’ai les oiseaux en tête, en cœur,
ceux d’aujourd’hui et ceux d’hier,
ceux de ma sagesse en enfance,
ceux de mon enfance en vieillesse , […]

J’aime les oiseaux, mes amis le savent. Je connais les plus familiers de nos régions. J’ai eu la chance de voir et d’entendre les guêpiers sur l’île des Cyclades où l’amie m’accueille : ce fut une journée inoubliable. Ajouter un oiseau à son bestiaire personnel n’est pas rien !
Mais avec Raymond FARINA, non seulement on découvre des oiseaux mais on les voit et les entend d’une toute autre manière : l’apparence, le chant sont souvent évoqués comme ça en passant, tendrement ou en souriant, mais c’est tout un autre voyage derrière l’oiseau : on rencontre Néfertiti et Velázquez, Satie et Schubert, on croise la Sybille et Tamerlan, on interroge les mots, leur apparition, leur son, leur disparition.

Sauf le Bruant zizi. Là, Raymond se déchaîne : il crécelle ou il crécerelle / il coqueluche nuit et jour / oiseau qui braie en plus de bruire / Martelant inlassablement sa ritournelle minimale. (J’ai picoré des vers deci delà dans le texte dédié au Bruant zizi : il faut le lire in extenso, bien sûr !)
Le voici, ce chant. Pas méchant.




Il est difficile de ne citer que quelques vers. Chaque poème est un tout, une entité impossible à fragmenter.
J’ai une tendresse particulière pour Le Martinet :

Pour oublier le poids des ans
sois l’alouette incandescente
son chant qu’aimante le soleil.

Sois sa trajectoire insensée
vers une nuit semée d’étoiles
quand l’Infini clignote en elle.

Et, pour oublier l’hirondelle,
sois maintenant le martinet
criblant de cris les soirs d’orage

où ce missile silencieux
traversant la panique
des insectes de l’inter-monde,

faucille de vents mauvais
incisant l’âme des villages
qu’appelle déjà le sommeil.

Sois aussi, maintenant,
sa connivence avec le ciel
qui va durer toute sa vie
pour ne s’achever qu’à l’instant

où commence son agonie,
sa passion dans ses ailes mortes,
son pesant destin de poussières.

J’aimerais tous les citer, les familiers et les inconnus (pour moi), les migrateurs et les sédentaires ; j’aimerais vous proposer plus d’extraits, vous présenter le le tec-tec, le paille en queue, vous faire entendre Les langues étrangères (p. 56), retarder Le dernier concert (p. 60).
Mais j’ai un cadeau pour vous, Raymond, pour vous remercier de ce voyage à tire-d’aile. Voici l’oiseau emblème du Maroc : le rougequeue du Moussier, une perfection de la création (on le trouve aussi en Algérie).

Rougequeue de Moussier – Photo Ghislain RIOU

Et eux aussi, je les aime bien :

 

* Raymond FARINA – Les grands Jaseurs de Bohême suivi de L’oiseau de paradigme – N&B Editions, 2024 (Poésie)

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