Des journées surréalistes ou la faute de Tolstoï

Le doute vous prend : cela arrive-t-il aux autres aussi ? Cela : cette succession d’évènements, de rencontres, de situations hors normes qui vous font ressentir de l’étrangeté. Cette proximité de gens et de lieux bizarres.

Exemple : dans le tram, à quelques secondes d’intervalle, une jeune femme s’assoit à côté de moi puis se lève brusquement et s’installe sur la banquette voisine. Je me demande si je sens le mazout. Je reprends ma lecture (Tolstoï, La mort d’Ivan Illitch) et suis rassurée par l’arrivée d’un bonhomme qui s’asseoit à son tour et m’adresse un petit sourire encourageant qui signifie – du moins j’ose le croire – :  C’est comme ça. Parfois, on ne comprend pas.

Quelques minutes après, un jeune homme qui rit tout seul ou avec son téléphone – il a d’énormes écouteurs sur les oreilles – me dit, tout en montrant mon livre d’un doigt accusateur, quelque chose que je n’entends pas, moi qui n’ai pourtant rien sur les oreilles. Je lui dis : je n’ai pas compris mais il n’entend pas puisque ses oreilles sont occupées… Il descend du tram. L’idée m’effleure que ces deux personnes ont peur de Tolstoï. Elles n’ont pas tort.

blonde– Une après-midi, dans une voiture garée en épi, j’attends quelqu’un. Arrive une personne très walkyrie, tout à fait assortie à son 4×4 gigantesque ; elle y grimpe péniblement, fait démarrer sa bagnole et sort… son téléphone portable pour une conversation qui va durer 20 minutes tandis que le moteur tourne et tourne. Si elle n’était pas si costaude, j’irais bien lui dire deux mots, un seul suffirait d’ailleurs. Je me remets à lire (toujours Tolstoï) en tentant de néantiser le bruit de ce moteur.

– La même après-midi, en cherchant un coin de ballade en ce fond de Bassin si mélancolique, au milieu de nulle part, nous tombons sur une immense baraque façon château walt disney, à l’abandon. Les grilles sont ouvertes et nous entrons. Trois ou quatre mecs encagoulés et tout de noir vêtus, ” jouent ” avec des mitrailettes ou des gros pistolets qui n’ont pas du tout l’air en plastique. Les armes, pas les mecs. Quoique… Nous prenons l’air dégagé, faisons un tour rapide et quittons cette scène digne du pire jeu video.Paintball.jpg

D’un autre côté, je suis d’une ignorance crasse en armes et en jeux video !

Je m’arrête là. Et pourtant, j’en ai encore une brouette du même tonneau, tout ça sur fond d’air très frais ! Sans doute est-ce moi qui suis bizarre ou bien tout est la faute de Tolstoï…

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