Une œuvre “désœuvrée”

Des écrivains chez qui les femmes sont figures innaccessibles, des fantômes, des apparitions déjà disparues. Et dans L’Espace littéraire, un chapitre magnifique sur Orphée. Donc, Eurydice.

Écrire, c’est entrer dans l’affirmation de la solitude où menace la fascination.

C’est par ces mots que je suis entrée dans la fascination pour Maurice Blanchot. Et puis, il est arrivé ce qui arrive parfois avec les écrivains de cette époque : je découvre la toute première jeunesse très très à droite (quasi extrême droite) de Blanchot, ses écrits et tout ce qui va avec. Et le vieux débat reprend : quand on dés-aime l’homme, l’artiste déchoit-il ? Et reviennent Céline, Blondin, Audiard pour le cinéma, Gripari pour la littérature jeunesse et tant d’autres, tant d’autres. L’affaire est compliquée. Je n’ai pas de réponse.

J’aimais Blanchot, je l’aime encore mais quelque chose s’est abimé et peut-être est-ce mieux : trop admirer n’est jamais bon. Mais son écriture qui avance, précise, et sa pensée poussant ses pions à pas feutrés, me parlent. C’est complexe et limpide.

L’ Espace littéraire, quel livre ! Livre difficile qui rarement affirme mais toujours cherche, livre d’une écriture blanche, d’une loyauté méthodique, livre d’un écrivain sans littérature. Une œuvre désœuvrée *1. Le poème est une pure brûlure intérieure autour de rien *2, un souffle autour de rien *3 . Tout grabouillé, mon exemplaireL'Inconnue de la Seine, plein de notes, de renvois, de liens et de passerelles, une lecture au travail.

En décembre 2010 (billet 141 sur Supervielle) je vous proposais une image sans la commenter, L’lnconnue de la Seine, jeune femme dont le masque hanta toute une génération d’artistes. Si j’y reviens aujourd’hui, c’est qu’avec son ami Georges Bataille, Blanchot fut fasciné par […] Une adolescente aux yeux clos, mais vivante par un sourire si délié, si fortuné (voilé pourtant), qu’on eût pu croire qu’elle s’était noyée dans un instant d’un extrême bonheur. Si éloignée de ses œuvres, elle avait séduit Giacometti au point qu’il recherchait une jeune femme qui aurait bien voulu tenter à nouveau l’épreuve de cette félicité de la mort.

Je crois que j’ai quitté Blanchot pour mieux le retouver, je lis ses lignes avec le détachement nécessaire. Je ne suis peut-être plus fascinée mais l’écrivain m’enchante.

*1 Philippe Lacoue-Labarthe Agonie terminée, agonie interminable (Sur Blanchot) – Galilée

*2 Maurice Blanchot – L’Espace littéraire (À propose de Rilke dans le chapitre sur Orphée

*3 R.-M. Rilke

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