Pâques, pluriel et singulier

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Un neuf, des Zeu, des œufs de Pâques, bien sûr… Ils étaient cachés dans le jardin, les petits croquants, tout tachetés comme ceux des grives dans leur jolie nid-corbeille (avec de la liqueur dedans ?) et les gros beaux en chocolat, enturbannés de rubans rayés. Le O de œuf, c’est l’œuf lui-même, l’objet dans la graphie, la chose dans le mot. Un Nœud dans l’eau, un E dans l’O.

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La Pâque : Pesa’h, פסח, le Passage pour les hébreux, paskha, πασκα pour les grecs. Le passage d’une mer, d’un état à un autre, la transformation, les relevailles : métamorphose.

Un n’œuf, des œufs (prononcer zeu, allez comprendre) qui symbolise depuis si longtemps la résurrection, le triomphe de la vie sur la mort. Tout cela n’a plus aucun sens pour nous : la fin du jeûne, les résurrections de toutes sortes, la reverdie, les cloches qui carillonnent. On dit que les hirondelles sont revenues depuis quelques jours. Maintenant, on attend les martinets.

 Martinet aux ailes trop larges, qui vire et crie sa joie autour de la maison. Tel est le coeur.

Il dessèche le tonnerre. Il sème dans le ciel serein. S’il touche au sol, il se déchire.

Sa repartie est l’hirondelle. Il déteste la familière. Que vaut dentelle de la tour ?

Sa pause est au creux le plus sombre. Nul n’est plus à l’étroit que lui.

L’été de la longue clarté, il filera dans les ténèbres, par les persiennes de minuit.

Il n’est pas d’ yeux pour le tenir. Il crie, c’est toute sa présence. Un mince fusil va l’abattre.

 

René Char – Fureur et mystère, Gallimard, 1962

  À Pâques, du Bach !

Tel est le coeur.

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