Michael Nyman MGV (Musique à grande vitesse)
J’avais une autre idée de billet pour aujourd’hui mais je suis assaillie par des phrases de Paul Virilio, urbaniste et philosophe, entendues il y a quelques mois… Et j’y pense parce qu’on a déjà jeté aux oubliettes Amina, la jeune femme suicidée du Maroc, obligée d’épouser son violeur. La frénésie de l’instant amène l’amnésie immédiate. On croit tout savoir et on ne comprend plus rien : on n’a pas le temps. Car on ne pense pas assez – et je mettais les étudiants en garde, vieille dinosaure – que voir n’est pas savoir et savoir n’est pas comprendre.
Paul Virilio : La terre est réduite à l’instantanéité et à l’ubiquité, un temps réduit au présent
[…] Dans l’accélération de l’information, il y a une perte. Quand on vous dit : « En deux minutes, dites-moi », à la télé ou ailleurs, ou « En 90 secondes, dites-moi, racontez-moi » ce que vous avez écrit pendant 20 ans, c’est une crise de la liberté d’expression, non pas formelle mais temporelle. C’est-à-dire que vous n’avez pas le temps de le dire. C’est pareil pour la crise des journaux papiers par rapport à la télé ou par rapport à Internet. Là encore, le temps réel est une tyrannie. L’immédiateté, l’ubiquité, l’instantanéité, c’est une tyrannie. On est renvoyé de la réflexion au réflexe, c’est-à-dire à une perte de la liberté de communiquer, liée simplement au temps, au tempo.
Longue citation mais chaque mot importe.
En temps réel, je m’interroge toujours sur cette expression. Quel est le temps réel des femmes tunisiennes inquiètes pour leurs droits ? Amina, c’est sûr, a l’éternité devant elle.
Paul Virilio : Cybermonde, la politique du pire , entretien avec Philippe Petit, Textuel, 1996