Ode à Bordeaux

C’est vrai qu’elle a changé la ville où je vis. Si elle garde son étrangeté, que par paresse ou par goût du mystère je ne cherche jamais à élucider, elle a trouvé – retrouvé ? – une grâce, une paix. Et je sais pourquoi : elle ne tourne plus le dos à son fleuve. Il a toujours été là et j’en sais quelque chose moi qui, de cette ville, ne connaissais presque que lui : départs et arrivées par le port. Mais il est plus central, ce fleuve, faisant ainsi rayonner une tranquille luminosité. Elle se laisse regarder, moins pudique. Elle se donne un peu plus à voir et à aimer.

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Il y a quelques jours, j’entendais  l’œnologue Denis Dubourdieu parler du vin avec justesse, précision, simplicité : les trois qualités portaient le breuvage dans une autre dimension : celle de la poésie. Il disait que si l’architecture est de la musique solide, le vin est de la musique liquide. Alors Bordeaux est toute entière musicale.

Nommer les goûts est très difficile, car goûter c’est reconnaître, disait-il encore. Et c’est sûrement pour ces raisons qu’il est difficile de parler de Bordeaux : on ne la connaît pas alors comment la re-connaître ? Ville secrète, grande dame sagement pensive, aux angles particuliers, tangentes et arrondis, aux lumières tantôt toscanes tantôt belges…

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Pour les musiques, j’allais et venais dans un triangle magnifique : Marin Marais, Sainte Colombe, Forqueray, tous trois pour leur élégante et parfaite mélancolie puis j’ai tranché pour Marin, fallait bien, mais j’en ai d’autres dans ma besace et tous me parlent de Bordeaux, je ne sais pourquoi.

Et puis pour les photos, un grand grand merci à Clarisse Mèneret  : elle est, par chance pour moi, ma fille.

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