En cet invraisemblable été, des moments très gais viennent à moi : il y a une dizaine de jours j’entends une petite stridulation. Difficile d’en trouver l’origine puisque chaque fois que je m’approche, l’insecte se tait. Je le localise enfin : il est dans les toilettes, certainement dans les plis de la serpillère (ou panosse ou wassingue ou since).
Question : comment est-il arrivé là ? Mystère total mais plus rien ne m’étonne, cette année. Et sa présence me rend très joyeuse !
Je prends délicatement la wassingue par un coin et la traîne sur le balcon en espérant que le grillon trouvera la porte de la liberté.
Je me fais un peu de souci parce que j’habite au cinquième étage et que les grillons ne volent pas.
Deuxième soir : je l’entends à nouveau, cette fois au salon. Je ne le vois toujours pas et ne peux rien faire. Il ne me dérange pas, son chant n’est pas strident du tout et je suis contente qu’il soit là même si je reste convaincue qu’il n’est pas dans son élément. Mais il a choisi mon appartement et il paraît que c’est un très bon présage. J’en accepte l’augure et j’ose l’espérer disait le vieux Pierre C.
Troisième soir : je guette et ne suis pas déçue, il commence à peu près à la même heure, aux alentours de 22 heures. Il s’appellera Anthelme ; les amateurs d’origine des mots comprendront. Peut-être la nostalgie des soirs à la campagne…
Durant les jours qui suivent, il va explorer l’appartement et chanter jusqu’à l’aube.
Un soir je le vois enfin dans la cuisine et j’essaie à nouveau de le mettre sur le balcon : rien à faire, il fait des sauts impressionnants et retourne se cacher sous une plinthe. Je mets quelques gouttes d’eau oubliant qu’il n’a pas de cordes vocales et ne risque pas l’aphonie. Au moins pourra-t-il boire.
Les trois derniers soirs, il est dans ma chambre. C’est la fin du mois d’août et il fait très frais le matin. Son chant est faible, il s’arrête souvent… J’ai un sombre pressentiment. La veille de la rentrée des classes, Anthelme se tait, définitivement. Peut-être qu’il a école demain.
Requiem pour Anthelme
P. S. : Le fait que le jeu de cricket et l’insecte partagent le même nom en anglais (et se ressemblent phonétiquement en français entre le sport cricket et l’insecte criquet / grillon) est une pure coïncidence linguistique. Le sport n’a absolument pas été nommé d’après l’animal. Leurs noms proviennent de racines totalement différentes (merci l’I.A.) J’ajoute que les individus des vols de criquets si redoutés à Marrakech n’avaient rien à voir avec Anthelme !